D’où vient l’idée de cette nouvelle collection ?
«L’homme (…) par son insouciance pour l’avenir et pour ses semblables, semble travailler à l’anéantissement de ses moyens de conservation et à la destruction même de sa propre espèce».
Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) naturaliste français
J’ai lu, il y a bien longtemps, cette phrase de JB de Lamarck et j’ai compris que de flexible et d’intégré à la nature environnante, nous étions devenu, nous les humains, dominant, modificateur puis destructeur de notre environnement. Il apparaît maintenant qu’il n’est plus possible d’envisager l’idée d’une amélioration de notre environnement malgré les avertissements. La réalité est que c’est trop tard et que tout doit se transformer ou disparaître. Comment traduire en photos cette issue inéluctable ? C’est précisément dans ce contexte de fin d’un monde que le flou me semble être la technique la mieux adaptée pour traiter de ce véritable sujet. Les paysages, les personnages, les architectures, disparaissent de mes clichés, et cela participe à générer des impressions et des visions chaotiques d’avenir. Le flou m’interroge sur la façon de voir et d’être en rapport avec la réalité de ce monde qui se meurt et de notre avenir qui s’efface. Le flou est alors anxiogène. Et pourtant, si ce monde se meurt, alors vive le nouveau monde, car tout angoissant qu’il puisse apparaitre, mon flou se veut surtout rempli d’une énergie vitale qui transcende et offre la vision d’un monde futur, celui de tous les possibles.
« Dans ce monde qui s’écroule, ce qui tue aujourd’hui et avant tout, c’est notre manque d’imagination. Et donc ce qui compte pour vivre, c’est produire du réel »
Aurélien Barrau, astrophysicien
Comment produire du réel quand notre présent disparait?
Avec mes photos floues, je souligne la nature éphémère de la vie et je cherche à produire du dialogue avec l’imaginaire des spectateurs.
C’est souvent dans les situations de crises que l’humain fait preuve d’inventivité et de créativité. Produire du réel commencerait donc par imaginer le nouveau monde, voir même de le rêver, devant une image qui s’efface. C’est avec cette tension actuelle, entre ce qui a été et ce qui sera, que le monde d’aujourd’hui posera ses futures bases pour demain. En modifiant mon rapport au réel, le flou de mes photos modifie mon regard sur l’avenir. C’est alors que je m’autorise l’utopie et je me rêve, construisant un lendemain à jamais différent et imprévisible car toujours intensément en mouvement. Le chaos est la fin d’un monde et annonciateur de la création d’un nouveau. Ne serait-ce pas là, le sens même de la vie? Cette collection a pour tâche de faire réfléchir au changement et ainsi de nous transformer en sujet actif de notre futur.
